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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 06:51

 

 

 

 

 

 

Clair-obscur dans l’Armée des Ombres, par Mathieu Brocard

recensions1

A propos de Fabrice Grenard, Maquis noirs et faux maquis, 1943-1947, Paris, Vendémiaire, 2011.

 

 

 

« Dans les Alpes-Maritimes, un ancien bras-droit du célèbre gangster marseillais Spirito, Jo Mattéi, constitua un maquis de Provence, dont on ne sait pas très bien s’il était vrai ou faux : tout en menant quelques opérations de sabotage, il se livra également à de nombreux pillages destinés sans doute à alimenter de fructueux trafics ».

 

 

Fausse Résistance ? Vraie délinquance ?

 

 

Il ne s’agit pas du scénario d’un film noir auquel nous convie F. Grenard dans son livre Maquis noirs et faux maquis, mais d’un essai sur un fait mal connu de la fin de l’Occupation en France : l’apparition de faux maquis de résistance, opérant, sous couvert d’actions patriotiques, de nombreux pillages, vols et rackets. Mais, si la définition est claire, le phénomène est complexe à cerner : comment distinguer un faux maquis d’un vrai, quand les deux se livrent, pour leur approvisionnement, à des vols ou à des réquisitions ? Comment savoir si un maquis n’agit que pour couvrir des actes de banditisme ou si son engagement patriotique est sincère ? Un maquis peut-il dévier de ses buts initiaux de résistance vers des activités de brigandage ?

Ce sont toutes ces interrogations que soulève l’auteur, spécialiste des trafics et du marché noir sous l’Occupation, et auxquelles il tente de répondre, offrant par là-même au lecteur, une galerie de portraits hauts en couleur

 

I. Les maquis de surineurs ; les faux maquis :

Dans son ouvrage, F. Grenard rappelle d’abord que c’est à partir de l’année 1943 que les maquis, ces groupes de résistants réfugiés dans les régions rurales, souvent montagneuses ou forestières, se développent fortement. Ils étaient jusqu’alors composés de certaines catégories de personnes, « ennemies » du régime de Vichy ou des autorités allemandes : Juifs, communistes, républicains espagnols, Allemands antinazis, antifascistes étrangers. Mais en 1943, la mise en place du Service du Travail Obligatoire en France provoque un afflux massif de jeunes français dans la clandestinité. Beaucoup réussissent à se cacher par eux-mêmes, mais certains choisissent de se réfugier dans des maquis, où ils ont quelquefois la volonté de se battre au sein de la Résistance. Ainsi, à la fin de l’année 1943, ce sont sans doute entre 100 et 200 000 jeunes réfractaires au STO qui ont rejoint le maquis. Cet essor des maquis est dû également à l’érosion progressive du pouvoir de Vichy et à sa perte de contrôle sur le territoire, dès fin 1943, et bien plus encore à partir de l’été 1944. Les mouvements de résistance incarnent alors parfois, dans certaines régions, une nouvelle autorité, quasi-officielle.

C’est dans ce contexte que se développent, parallèlement aux vrais maquis résistants, de faux maquis (ou « maquis noirs »), qui utilisent une couverture patriotique résistante pour maquiller leurs larcins : vols, braquages de bureaux de tabac, d’administrations (afin de dérober les tickets de rationnement), de commerces, réquisitions de produits agricoles, assassinats. Alors qu’en 1941, se faire passer pour un policier ou un gendarme de Vichy était un moyen assez aisé d’obtenir satisfaction, alors qu’au début de l’année 1943, l’uniforme de milicien ou d’agent de la Gestapo constituait un atout pour voler en toute impunité, il semble bien que, dès la fin de 1943, ce soit la tenue de maquisard qui procure le plus d’avantages ! La population reçoit les faux maquisards avec bienveillance, souvent prête à donner volontairement ce qu’on lui demande, pourvu que les escrocs portent un brassard… Le faux maquisard peut en outre espérer, grâce au statut de Résistant, échapper à toute poursuite judiciaire à la Libération, et même acquérir un prestige de héros !

Georges Guingouin, surnommé le préfet du maquis.

Qui compose ces faux maquis aux noms évocateurs de « bande à Dicky » dans l’Yonne, de « maquis de Mickey » autour de Clermont-Ferrand ? L’auteur développe plusieurs exemples dans son enquête, notamment celui du « Groupe Bayard » qui agissait en Dordogne à partir de mai 1944. Ce maquis, reconnu comme unité FFI et appartenant à ce titre à l’Armée Secrète, se livre bien à de nombreuses exactions (pillages, vols, assassinats), mais son chef, Charles Martin, affirme que c’est au service de la France Libre. Pourtant, lors du procès ouvert en 1948 contre lui, force est de constater que les exécutions de soi-disant « collabos » dans le village d’Issigeac ressemblent davantage à des règlements de compte personnels qu’à des actes de salut public. Même des membres du Groupe ont été assassinés par son chef, après qu’ils se soient plaints de ses méthodes expéditives et de ses pillages. Charles Martin, dès avant la guerre, a en fait été condamné à de multiples reprises pour vol et proxénétisme. Le « Groupe Bayard » est donc un faux maquis… et pourtant Charles Martin échappe à la peine de mort et n’est condamné qu’à 10 ans de réclusion, eu égard à ses décorations militaires ! Cet exemple montre bien la difficulté, pendant et après l’Occupation, de distinguer un faux d’un vrai maquis.

Les faux maquis ne sont cependant pas tous composés de criminels et de trafiquants du « milieu » (certains maquis, vrais et faux, ont recruté dans les cercles de la pègre, notamment à Marseille). Ils contiennent aussi des réfractaires au STO qui se sont engagés dans le maquis pour se cacher uniquement, et qui, par oisiveté, commettent de petits larcins ; des « profiteurs » qui se sont engagés par patriotisme sincère, mais qui, à l’occasion, n’hésitent pas à abuser de leur prestige pour accroître leurs biens. F. Grenard évoque ainsi le cas du maquis de Toul, dont le chef, Alex Hardy, n’obéit plus à la hiérarchie des mouvements de Résistance de son département, et agit de façon incontrôlable. Privé de l’aide financière et matérielle de la Résistance, A. Hardy organise des pillages, ne respecte plus les règles de sécurité – il fête au grand jour le 14 juillet 1944 –, jusqu’à ce que la Gestapo l’arrête et l’exécute. Le maquis de Toul, vrai ou faux maquis ? Comment faire la différence entre les deux ? C’est la question que se posent les vrais maquisards eux-mêmes, soucieux de ne pas être assimilés par les populations, à des bandits.

II. Combines et rapines des vrais maquis :

Fabrice Grenard rappelle tout d’abord que les maquis de résistance, s’ils reçoivent bien une aide financière et matérielle de Londres, doivent procéder à des opérations illégales pour se ravitailler. Les besoins d’un maquis étant comparables à ceux d’une « petite armée en campagne », l’essentiel de l’activité des maquisards est consacré à se procurer de la nourriture : 13h par jour contre 8h consacrées au sommeil et aux repas, et 3h seulement pour les questions militaires ! De fait, c’est parallèlement à l’essor des mouvements de résistance en France qu’on note une recrudescence des vols, des attaques à main armée contre des commerces, des bureaux de tabac, des mairies, des banques…

Assimilation de la Résistance au banditisme dans Le Petit Ardennais, 23 janvier 1944

Les rapports de la gendarmerie et de la police de Vichy ne font évidemment aucune distinction entre vrais et faux maquis, les deux étant qualifiés de groupes de « bandits » ou de « gangsters ». Les organisations de Résistance cherchent alors à éviter tout amalgame au sein de la population, et tentent d’édicter certaines règles de comportement que devront respecter les maquis, afin de ne pas être considérés comme de vulgaires pillards.

En mai 1943, le responsable du Service National Maquis, « Jérôme », rédige une directive, véritable « charte de maquisard » rappelant le devoir d’exemplarité des maquisards, et les bonnes relations qu’ils doivent entretenir avec la population. Les actions de ravitaillement des maquisards doivent prendre pour cibles prioritaires les services de Vichy (stocks du Ravitaillement général, du Secours National, des Chantiers de jeunesse), les collaborateurs notoires, les trafiquants du marché noir – alors même que cela ne saurait suffire à leur approvisionnement. Les opérations doivent être signées pour ne pas être assimilées à des vols, et ne doivent pas mécontenter la population : l’auteur mentionne ainsi des vols de bétail qui ont lieu après que les paysans ont été payés par l’administration de Vichy. Parfois, les « victimes » de vol aident même les maquisards : certains secrétaires de mairie du Lot disposent les tickets de rationnement en évidence sur leurs bureaux à la fin de chaque mois, afin qu’ils soient volés plus facilement !

Certains maquis sont même assez puissants pour incarner l’autorité quasi-officielle dans plusieurs départements à la fin de l’Occupation : ainsi, dans le Limousin, le chef du maquis d’inspiration communiste G. Guingouin promulgue des arrêtés qu’il fait appliquer aux maires sous peine de représailles, fixe les prix du marché noir (environ 2 à 3 fois les prix fixés par Vichy) et établit un contrôle sur la région tel que les services du Ravitaillement général (administration de l’Etat Français) achètent quelquefois les produits aux tarifs fixés par le maquis pour ne pas mécontenter la population ! L’engagement patriotique de ce maquis ne fait certes aucun doute (Guingouin entre en Résistance dès février 1941, avant même l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie), mais le contrôle territorial exercé par Guingouin ne lui permet-il pas de légitimer des actions illégales ? En d’autres termes, Guingouin n’a-t-il pas profité de la puissance de son maquis pour asseoir un pouvoir personnel sur la région ? Ce sont les reproches qui lui sont faits après la guerre, lorsqu’il est jugé pour l’assassinat de deux paysans en novembre 1945 (des témoins gênants d’opérations illicites ?). Un non-lieu est cependant prononcé en 1959.

D’autres cas, mentionnés par F. Grenard, sont plus problématiques encore et révèlent la grande difficulté de distinguer entre vrai et faux maquis : l’auteur cite par exemple le cas de « Soleil », de son vrai nom René Coustellier, chef du 5e bataillon FTP de Dordogne, entré au maquis en février 1941, arrêté puis évadé, spécialisé dans les actions périlleuses (sabotages, évasions), libérateur de Villeneuve-sur-Lot et de Périgueux… « Soleil », un cas exemplaire de maquisard héroïque, qui pourtant suscite la méfiance des autres organisations de résistance : le maquis de « Soleil » aurait récupéré certains parachutages de Londres qui ne lui étaient pas destinés ; il aurait opéré avec des méthodes trop expéditives… L’Armée Secrète envisage même, en mai 1944 d’éliminer « Soleil » !

III. Nuits blanches pour maquis noirs ; la répression :

Les faux maquis sont l’objet d’une répression multiple : de la part des autorités de Vichy et des autorités allemandes, aux yeux desquelles n’existent que des « terroristes » ou des « bandits », mais aussi de la part des organisations de Résistance qui tentent par tous les moyens d’isoler, voire d’éliminer ces bandes de pillards qui se font passer pour résistantes.

Face à l’impuissance, voire à la passivité de la gendarmerie dans la lutte contre les maquis, le régime de Vichy crée en 1941 les GMR (Groupes mobiles de réserve), complétés en 1943 par la Milice. Contrairement à la gendarmerie, dépassée par le nombre important de missions nouvelles qui lui incombe

Affiche de propagande contre les maquis, 1944.

nt (traques des résistants, des Juifs, des trafiquants du marché noir), n’agissant pas toujours efficacement contre les maquis (pour ne pas se mettre à dos la population rurale auprès de laquelle elle agit, ou parce qu’elle partage les motivations patriotiques des maquis), ces organisations paramilitaires ont pour mission première de lutter contre la Résistance. Il leur est cependant difficile d’opérer seules : pour lutter contre le maquis des Glières en mars 1944, le millier de miliciens engagés est assisté de 3000 soldats allemands.

 

 

 

La Milice et les Allemands tentent également d’infiltrer les maquis :

 

 c’est la mission des groupes « Brandebourg », intégrés à la Waffen SS.

 

Les Allemands créent aussi de faux maquis destinés à démanteler les réseaux de résistance d’une région :

 

 

 

 

c’est le cas de la « bande du bossu » dans la région de Sedan.

 

 Ce groupe, dirigé par un auxiliaire de la Gestapo, assisté d’un nain surnommé « le bossu » et d’un ancien boxeur proche du collaborationniste Marcel Bucard, se fait passer pour une vraie organisation de résistance, accueille ainsi des réfractaires au STO qui croient s’engager dans un vrai maquis, puis les exécute.

 

 

 

Les mouvements de résistance prennent très au sérieux le risque d’amalgame avec les faux maquis, et les conséquences négatives que cela pourrait avoir sur leurs relations avec la population. La Résistance édite ainsi des tracts à destination des populations susceptibles d’être victimes de faux maquis pour rappeler des règles de prudence, pour affirmer aussi que les vrais maquis ne sont pas responsables des pillages. Des appels à la méfiance face à des hommes se proclamant résistants alors qu’ils ne portent pas de brassard identifiable sont lancés à la BBC. Certains groupes de résistants tentent de démanteler les faux maquis : ils les coupent de leurs approvisionnements, ne s’en prennent qu’aux chefs, considérant souvent à juste titre que la plupart des membres de ces faux maquis sont des patriotes sincères qui n’ont pas conscience d’appartenir à une organisation criminelle, organisent même quelquefois des exécutions publiques, comme celles de mai 1944 en Corrèze, opérées par les FTP. Ce serait environ 1000 faux résistants ou résistants déviants qui auraient ainsi été exécutés à la fin de l’Occupation et après la Libération.

F. Grenard montre même que la Résistance a pu quelquefois coopérer avec les autorités de Vichy pour lutter contre les faux maquis, en vue de rétablir un certain ordre dans une région : les maquis préviennent parfois la préfecture, la gendarmerie, la police, des agissements de faux maquisards. Dans l’Yonne, c’est même le commandant de l’Armée Secrète qui écrit en juin 1944 au préfet ! Certaines publications de la Résistance saluent même parfois l’action de la police de Vichy !

Deux exemples développés par l’auteur montrent cependant la difficulté de différencier un vrai maquis d’un faux : comment expliquer tout d’abord l’inimitié que portent les organisations de résistance (l’Armée Secrète en particulier) au groupe FTP « Soleil » en Dordogne ? L’auteur l’explique par les rivalités importantes entre maquis, qui n’hésitent pas à se qualifier mutuellement de faux maquis. Ces tensions opposent la plupart du temps les mouvements de l’Armée Secrète aux FTP, communistes et ainsi suspectés de vouloir créer une situation insurrectionnelle en France, en multipliant les assassinats et les actes de guérilla.

Le cas du maquis Lecoz est inverse : en Indre-et-Loire, le capitaine Lecoz, de son vrai nom Georges Dubosq, organise au printemps 1944 un maquis, qui opère certes de multiples pillages et assassinats, mais s’en prend surtout aux trafiquants du marché noir, aux « collabos » notoires, quelquefois même aux Allemands. Son maquis rassemble des réfractaires au STO, mais aussi des républicains espagnols, des déserteurs de la Wehrmacht, des soldats américains évadés des prisons allemandes, et est reconnu officiellement au début du mois d’août 1944 comme une organisation de résistance – d’autant plus qu’il n’est pas communiste. Le capitaine Lecoz devient même un héros en entrant le premier dans la ville de Loches, évacuée un peu auparavant par les Allemands… avant d’en être délogé par leur retour inopiné.

 

 

 

Le capitaine Lecoz, héros de la Résistance ? En octobre 1944, il est arrêté pour un vol d’essence, mais le procès qui s’ensuit révèle un passé peu glorieux : les nombreux pillages, l’assassinat d’un inspecteur de la police de Vichy qui enquêtait sur ses actions sont bien sûr évoqués, mais surtout, on découvre que Georges Dubosq est un repris de justice condamné dès l’âge de 14 ans, libéré par les Allemands en 1941 afin d’infiltrer des réseaux de résistants à Angers puis en Bretagne, mission qu’il accomplit avec succès, provoquant plusieurs arrestations et exécutions. Son installation à Loches n’est pas un acte patriotique mais pur opportunisme : Dubosq vit dans des châteaux, entouré d’une cour de femmes et d’hommes de main, amassant même une fortune de 15 millions de francs ! Le procès montre aussi que les victimes de Lecoz ne sont pas majoritairement des collaborateurs ou des miliciens, et sont même quelquefois des résistants ! Georges Dubosq est finalement exécuté comme faux maquisard en mai 1946, tandis que la plupart des membres de son maquis sont innocentés car considérés comme des résistants de bonne foi. A partir de l’automne 1945, le retour progressif de l’autorité de l’Etat conduit à la disparition des bandes de faux maquisards.

 

 

L’ouvrage de Fabrice Grenard illustre un aspect méconnu de l’histoire de la Résistance : celui de la fausse Résistance ou de la vraie délinquance sous l’Occupation. Par une accumulation d’exemples, l’auteur montre en fait toute la complexité à définir le terme de « faux maquis ». Ce concept semble en effet, à la fin de l’Occupation, très subjectif : ne suffit-il que de tuer quelques collaborateurs et de ne pas être communiste pour être reconnu comme un vrai maquis par Londres ? La réponse est évidemment négative, mais la description des rivalités internes à la Résistance que fait l’auteur, est saisissante : quand le FTP « Soleil » est rejeté par l’Armée Secrète, Lecoz, agent allemand et faux maquisard reçoit des aides et des parachutages de Londres ! Le procès de Charles Martin, chef du « Groupe Bayard » met bien cette complexité en lumière : condamné pour ses exactions de faux résistant, il échappe à la peine de mort grâce à ses décorations militaires !

Subsistent pourtant quelques interrogations après la lecture de cet ouvrage : les faux maquis, tout en perpétrant leurs actes de pillages, ont-ils pu agir parfois pour aider la vraie Résistance ? Ont-ils éprouvé quelquefois un certain sentiment patriotique ? Y a-t-il eu des relations d’entraide entre faux et vrais maquis ? On pourra regretter que le point de vue des faux maquisards, leurs tentatives éventuelles de justifier leurs actions, ne soient pas abordés par l’auteur. Fabrice Grenard propose en tout cas ici un ouvrage stimulant, qui offre de nombreuses pistes de réflexion.



Mathieu Brocard est agrégé d’histoire et enseigne actuellement au lycée Claude Gellée d’Epinal. Il mène des recherches sur l’histoire des relations franco-allemandes dans l’entre-deux-guerres.

 

 

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